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Les neurosciences au service de l’apprentissage en immersion · 3/6Une fois qu’une information a été retenue par l’attention, l’élève doit en maintenir certains éléments en mémoire pendant qu’il les interprète, les relie, les compare ou prépare une réponse. Cette page présente la mémoire de travail, la charge cognitive et le rôle des connaissances antérieures.
Un professeur qui donne successivement trois consignes distinctes à l’oral, se rend rapidement compte que de nombreux élèves n’en ont retenu qu’une partie.
La mémoire de travail est un système limité qui permet de maintenir temporairement des informations en mémoire tout en les utilisant. C’est par exemple, le mécanisme à l’œuvre lorsque vous lisez les instructions d’une recette de cuisine et que vous les suivez sans les relire.
Pour un adulte, on estime qu’environ sept informations peuvent être manipulées en même temps. Donc, pour revenir à la recette de cuisine, vous pourrez plus difficilement garder en tête les instructions si en même temps vous essayez d’ajuster les quantités pour passer de 4 à 6 personnes. Le chiffre de 7 varie beaucoup en fonction de chaque individu, de la tâche, de l’organisation des informations et de ses connaissances antérieures. En effet, une information nouvelle mobilise davantage la mémoire de travail qu’une information déjà familière.
L’ensemble des exigences imposées à cette capacité limitée au cours d’une tâche est souvent désigné par le terme charge cognitive. Le schéma ci-dessous situe la mémoire de travail dans une représentation simplifiée de l’apprentissage. L’attention contribue à déterminer ce qui entre dans le traitement actif ; la mémoire de travail permet de manipuler ces informations ; les liens avec la mémoire à long terme rendent possible une récupération ultérieure.
L’attention aide à sélectionner les informations qui entrent en mémoire de travail. La mémoire de travail permet de les utiliser, tandis que la mémoire à long terme conserve des connaissances qui pourront être récupérées plus tard.
Le passage d’une information entre la mémoire de travail et la mémoire à long terme suit un cycle en plusieurs étapes. L’encodage correspond au moment où une information traitée en mémoire de travail devient une trace en mémoire à long terme ; il est facilité lorsque l’information peut s’appuyer sur des connaissances antérieures. Cette trace n’est toutefois pas immédiatement stable : la consolidation est le processus, souvent progressif et favorisé par la répétition et le sommeil, par lequel elle se renforce et devient plus durable. Lorsque l’élève a besoin de cette information, la récupération la ramène en mémoire de travail, où elle peut de nouveau être utilisée — et, ce faisant, elle est renforcée à nouveau. Sans réactivation, une trace peu consolidée s’affaiblit avec le temps : c’est l’oubli, un phénomène normal et attendu plutôt qu’un échec d’apprentissage. Pour l’enseignement, cela signifie que revenir sur une notion, la relier à d’autres apprentissages et prévoir des occasions de récupération espacées dans le temps sert directement la mémoire à long terme.
Le cycle mémoriel : l’encodage inscrit l’information, la consolidation la stabilise dans le temps, la récupération la remobilise, et l’oubli survient lorsque la trace n’a pas été suffisamment renforcée.
Une seule tâche peut demander à l’élève de garder en tête :
Lorsque l’élève doit répondre à trop d’exigences simultanément, il peut se retrouver en surcharge cognitive. Il dispose alors de moins de ressources pour établir des liens, contrôler sa production langagière, se souvenir des consignes et construire une réponse réfléchie.
Ci-dessous, les schémas comparent, de manière simplifiée, la même capacité de traitement dans différentes situations.
La difficulté disciplinaire peut rester élevée tandis que l’étayage réduit les exigences de traitement inutiles liées à la langue ou à la tâche.
Pourquoi la même leçon peut-elle sembler accessible à un élève et très difficile à un autre ?
Une partie de la réponse réside dans les connaissances antérieures.
Une information nouvelle est plus facile à traiter lorsqu’elle peut être reliée à quelque chose que l’élève connaît déjà. Les connaissances antérieures donnent une structure aux informations nouvelles et évitent que chaque élément doive être traité comme entièrement nouveau.
Les connaissances antérieures allègent le traitement d’une même information nouvelle.
En immersion, les connaissances antérieures ne se limitent pas à ce que les élèves savent déjà exprimer en français. Elles peuvent inclure :
Une maîtrise encore limitée du français ne signifie pas nécessairement une compréhension limitée du contenu.
Un élève peut comprendre un concept sans disposer encore des moyens langagiers nécessaires pour le montrer. L’étayage permet de rendre cette compréhension visible sans réduire l’exigence intellectuelle.
la même compréhension, rendue visible en français
l’écart porte sur l’accès à l’expression, non sur les connaissances
Le soutien langagier aide l’élève à exprimer sa compréhension disciplinaire ; il ne remplace pas le raisonnement demandé par la tâche.
Toutes les difficultés ne doivent pas être supprimées.
Il s’agit de la difficulté qui appartient à l’apprentissage lui-même : comprendre une relation scientifique, interpréter des sources historiques, résoudre un problème mathématique ou maîtriser une forme langagière nouvelle. C’est cette difficulté productive que les élèves doivent apprendre à gérer.
D’autres difficultés proviennent surtout de la manière dont l’information ou la tâche est présentée :
Réduire ces exigences ne signifie pas réduire la rigueur. Les élèves peuvent réaliser un raisonnement disciplinaire complexe tout en bénéficiant de visuels, de vocabulaire, de cadres de phrase, d’exemples modélisés et de consignes clairement organisées.
Lien avec le cadre : l’étayage favorisant la compréhension ; le soutien langagier.
Le même principe peut être appliqué lors de la conception d’une fiche, d’une diapositive ou d’un affichage. Le concepteur doit s’efforcer de guider l’attention et d’éviter les distracteurs. Trois principes sont particulièrement utiles :
rendre immédiatement visibles les informations importantes.
retirer ce qui ne sert pas directement la tâche.
rapprocher les informations qui doivent être utilisées ensemble afin que l’élève n’ait pas à en mémoriser une tout en cherchant l’autre.
Un étayage efficace ne consiste pas nécessairement à fournir davantage d’informations. Il aide les élèves à repérer et à utiliser les informations dont ils ont besoin.
À mesure que les connaissances et les structures langagières deviennent plus familières, elles mobilisent moins de traitement conscient. Cette évolution progressive correspond à l’automatisation, point de départ de la page suivante.
Choisissez une réponse avant de consulter l’explication.
Question 1 / 4
Un professeur donne successivement trois consignes distinctes à l’oral, et de nombreux élèves n’en ont retenu qu’une partie.
Quel mécanisme est en jeu ?
Question 2 / 4
Qu’appelle-t-on « charge cognitive » ?
Question 3 / 4
Une maîtrise encore limitée du français signifie-t-elle une compréhension limitée du contenu ?
Question 4 / 4
Réduire les exigences de traitement évitables (consignes ambiguës, supports surchargés, tâche jamais modélisée)…
La mémoire de travail est limitée ; la charge cognitive dépend de la tâche, de sa présentation et des connaissances antérieures. Réduire les exigences évitables laisse plus de ressources pour la complexité intrinsèque de l’apprentissage.